Jean-Philippe Toussaint : FOOTBALL

Vendredi 10 juin 2016 : ouverture de l’Euro 2016

Rencontre avec Jean-Philippe Toussaint au Bistrot des Grands Hommes organisée par la librairie Mollat.

Dans son dernier livre « Football », Jean-Philippe Toussaint fait cohabiter la littérature, qui apparaît comme sacrée et le football, plus profane. L’oeuvre débute d’ailleurs par une provocation :
« Voici un livre qui ne plaira à personne, ni aux intellectuels, qui ne s’intéressent pas au football, ni aux amateurs de football, qui le trouveront trop intellectuel. ».
L’opposition se poursuit jusque dans la matérialité de l’oeuvre, à la proximité du mot « football » et de « Les éditions de minuit ».

Quand on s’interroge sur le choix surprenant du sujet de Jean Philippe Toussaint, ce dernier évoque la nécessité pour un écrivain de s’inscrire parfois dans l’actualité et qu’il est intéressant de voir ce que la littérature a à en dire. Nous pourrions parler de Jean-Philippe Toussaint comme d’un écrivain dans son temps et pour son temps. Cependant, il ne faudra pas attendre ici l’apport d’une information objective à propos de ce sport mais plutôt apprécier la position de l’écrivain à propos de ce sujet.

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Pour tout vous dire, j’étais réticente à l’idée de lire « Football » et je craignais de perdre l’identité de l’écriture toussaintienne. Et pourtant, on retrouve ce caractère contemporain propre aux oeuvres de l’auteur dès les premières pages. J’ai également retrouvé cette écriture de la sensation, de l’intime, du détail : « Je ne peux dissocier le football des rêves et de l’enfance » p.45.

Jean-Philippe Toussaint nous dit qu’il ne peut « rien nous arriver quand on regarde un match de football » p.42. En effet, lorsque nous sommes face à notre écran, notre esprit est éloigné subitement des ennuis du quotidien et nous oublions le temps d’un match la finitude de notre être. La seule chose qui semble nous importer est le résultat de ce face à face autour du ballon rond. Jean-Philippe Toussaint compare d’ailleurs le football à la chasse évoquée par Blaise Pascal et plus généralement à sa théorie sur le divertissement :

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme, l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. ».

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C’est avec beaucoup d’humour que Jean-Philippe Toussaint poursuit la présentation de son oeuvre : « J’adore être hors sujet et faire des choses qui ne servent à rien », ajoutant quelques phrases plus tard : « je suis inintéressant et banal, moi j’aime bien. ». Ce qu’il faut sans doute comprendre derrière ces assertions, c’est qu’il n’y a pas de « bons ou mauvais sujets » en littérature. On peut raconter le banal, l’ennui et ce qui compte plus que tout, c’est le « plaisir du lecteur » mais également la manière dont cela est raconté. Tout sujet en littérature peut être sublimé par le style :

« C’est peut-être là l’enjeu secret de ces lignes, essayer de transformer le football, sa matière vulgaire, grossière et périssable, en une forme immuable, liée aux saisons, à la mélancolie, au temps et à l’enfance. ».

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J’ai été frappée par cette liberté de l’écriture de Toussaint qui fait un pied de nez aux conventions en inscrivant dans son livre « Football » et notamment « Afrique du Sud 2010 » quelques pages sur les vingt-quatre heures du Mans : « On croyait peut-être que je plaisantais, mais c’est vrai, je commence à en avoir un peu marre du football » . Le professeur rongé par son académisme aurait qualifié ces quelques pages sans ménagement de « hors sujet ».

Jean-Philippe Toussaint clôt ce court discours en ces mots : « Ce que je fais quand j’écris, c’est d’envoyer des faibles signaux luminescents dans la nuit » (en référence à l’oeuvre « La survivance des lucioles » qui a été déterminante dans la rédaction de « Football »). A chacun de saisir ces faibles signaux luminescents et d’en conserver le précieux souvenir.

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Je garde le souvenir d’un homme accessible, plein d’humour avec lequel nous avons pu échanger autour de quelques verres de vin lors de l’ouverture de cette soirée de l’Euro 2016.

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